LE SOIR - Mars 1999
Il expose assez régulièrement, laissant mûrir ses oeuvres au soleil de ses voyages et du dialogue qu'il noue bon an mal an avec ses étudiants.
Voyageur infatigable, il aime et recherche le choc que procure la rupture des habitudes. C'est Zanzibar aujourd'hui qui fournit un prétexte à ce nouveau rassemblement d'oeuvres. Ile du bout du monde sur le chemin de l'Afrique noire et de l'Inde, les races, les cultures, les religions s'y côtoient dans un grand chamboulement de formes, de couleurs et d'idées.
Peintre non figuratif, le voyage n'inspire que très indirectement ses tableaux. Le choc des choses vécues s'accentue de l'acquis d'une oeuvre maîtrisée, qui continue sur sa lancée en picorant dans le présent matière à rebondissement.
Le paysage architectural de Zanzibar, avec ses maisonnettes de pêcheurs, ses objets traditionnels, ses contrastes, l'ont amené à mettre sa quête picturale au diapason des souvenirs les plus sensibles.
Le décor d'un vase, d'une porte ressurgit furtivement. Une écriture nouvelle dense et colorée fait contre-point au volume mélodique habituel.
Tout se passe comme si la représentation cherchait à fixer le flux du temps dans l'épaisseur des jeux de lumière.
Tissu pictural riche en suggestions, Fournal est incontestablement un coloriste, qui dispose d'un métier accompli et sait le faire oublier.
Danièle GILLEMON
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LE SOIR - Magazine des arts et du divertissement
Les archipels de l'abstraction
Peinture-peinture, encore et toujours, elle renoue chez Fournal avec une musicalité prenante
Il n'est sans doute pas indifférent de savoir que Dominiq Fournal est un formidable voyageur. Le Maroc, la Tunisie, l'Egypte, le Mexique et l'Afrique noire n'ont visiblement pas de secrets pour ce peintre d'une quarantaine d'années qui enseigne à l'Académie de Wavre et renoue un peu avec la tradition des peintres explorateurs !
A ceci près qu'il ne s'agit plus le moins du monde de voyages ethnographiques ou de reconnaissance, mais de séjours appelés à enrichir le répertoire des formes, des couleurs, des émotions que le langage des paysages entretient à l'évidence et charge d'une vérité humaine toujours différente. Celle-ci, cependant, n'apparaît qu'en filigrane; à peine une ombre, une trace, un mouvement dans l'archipel de cette peinture abstraite à laquelle il prête une sensibilité particulière.
Une telle peinture a beau ne dévoiler qu'états d'âme et mirages de la vie intérieure, elle est toujours à la croisée des choses vues, mémoire éblouie, parfois jusqu'au blanc total, d'une réalité commune à tous.
Dominiq Fournal, à ce jour, ne s'est guère montré prodigue d'expositions et si on a pu, à la faveur de manifestations collectives, découvrir quelques-unes de ses oeuvres, cette exposition est, depuis un certain temps, la première d'envergure. L'artiste, d'évidence, a à coeur de laisser mûrir sa peinture loin de la précipitation qui est de mise et les toiles qu'on verra ici sont, pour un certain nombre d'entre elles en tous cas, de toute belle qualité.
Toutefois - c'est le péché mignon des galeristes - il y en a trop et on peut regretter que les moins réussies comme les oeuvres sur papier ou quelques toiles plus chipotées desservent les meilleures. On voudrait rester sur l'impression de ces belles peintures, à la fois puissantes et fragiles qui trônent au rez-de-chaussée, et suffisent à l'inventaire d'un registre riche, suggestif qui, paradoxalement, ne souffre pas la moindre approximation.
Car il faut une main, un oeil rompus à tous les pièges pour ne pas céder aux charmes immédiatement rentables des couleurs et des suggestions formelles, pour conduire le regard plus avant sur le chemin de l'objet toujours dérobé que le peintre pourchasse. Lointain intérieur dont parle le poète Henri Michaux, il est en pratique et en peinture, effort sans cesse reconduit pour vaincre l'opacité de la vision, reculer les frontières de ce que l'oeil et l'esprit peuvent saisir.
Belle spécificité de la peinture non figurative, elle implique - pour mettre l'imagination à l'oeuvre - que le tableau soit " actif ". Et il l'est souvent chez Fournal, orchestrant en douceur et en légèreté les dissonances et les fulgurances capables de susciter chez le visiteur l'indispensable vertige.
Parmi les meilleures toiles, la densité sourde, violine, rompue d'un vif éclair de couleur, en face de la porte d'entrée, la construction épurée qu'ennuagent les valeurs impalpables d'écume blanche et de bleu sur le mur principal, ou encore la belle toile plus ancienne qu'une trouée de lumière fracture en son centre témoignent que, si Fournal n'innove pas, il approfondit une filière. Une filière explorée par des peintres comme Arthur Groesmans, Schrobiltgen et d'autres plasticiens pour qui le chant des surfaces, la musicalité reste le principe organisateur d'une affectivité diffuse, voilée mais présente.
Veine intemporelle, elle s'enrichit de l'approche de Fournal, dédaigne le minimalisme de saison pour courtiser le chatoiement des couleurs et la déclinaison des valeurs, le jeu des transparences et des opacités dans le canevas d'une géométrie sous-jacente.
DANIÈLE GILLEMON
A l'International Gallery de Lasne, 16, Bois-Lionnet, jusqu'au 23 février 97. Tous les jours, de 11 à 19 heures, sauf mercredis.
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LE SOIR - Actualité culturelle Samedi 31 décembre 1994 page 9
Quatre artistes belges, cité Fontainas. Heureusement, il y a Fournal...
Vitrine de la Fondation pour l'art contemporain, l'ex-galerie Fontainas accueille quatre artistes belges sans autre nécessité que de réunir quatre enseignants, collègues à l'école des Beaux-Arts de Wavre. L'argument, on l'avouera, est un peu mince mais nous sommes à la fin de l'année et plutôt que de faire le énième salon de Noël...
C'est le peintre Dominiq Fournal qui occupe l'étage supérieur avec des oeuvres récentes, moyens et grands formats qui témoignent d'une belle évolution et d'une réelle maîtrise dans l'orchestration d'une abstraction poétique aux souples inflexions, aux accords profonds et veloutés parfois rompus par un éclat de vive couleur ou par le jeu des transparences.
Dans les deux tableaux à dominante bleu clair, ces transparences occupent quasiment tout l'espace, dissipant construction et matière du tableau en de suggestives et lumineuses évocations. La peinture ici paraît se simplifier, renoncer à cette profondeur de champ meublée de formes ambiguës (où le réel paraît avoir laissé son ombre) pour se réduire à cette gestuelle ample qui génère sa propre magie.
Si on en juge par la grande toile nommée «Écran», la plus sensuelle, une même écriture souple étire en formes longues et légères ce qui a pu être un espace réel avec un corps à l'avant-plan et une vie en coulisse. Voluptés picturales tout en glissements et en mouvements furtifs, elles restent construites, organisées, et c'est cet équilibre entre structure et valeurs intangibles qui fait leur charme. [...]
DANIÈLE GILLEMON
Fondation pour l'art belge contemporain, cité Fontainas 4 à Bruxelles, jusqu'au 14 janvier 95.